Europe, Société

« L’Union européenne ne nous a rien apporté de bon. »

L’Union européenne est une union politique unique au monde. Elle est souvent critiquée, souvent contestée. Mais lorsque l’on fait le bilan, après presque 70 ans d’existence, son bilan est indéniablement positif.
L’UE a aidé de nombreux pays membres à sortir de la pauvreté, a construit la paix, et a eu des apports positifs sur bien des aspects de la vie de tous les jours de millions d’européens.
Voir le site du Parlement Européen « Ce que l’Europe fait pour moi »

La paix en Europe est certainement l’apport le plus notable de l’Union entre ses pays. Pour la première fois de l’histoire, il n’y a pas eu de guerre entre les pays membres en 75 ans.

La libre circulation des biens et des personnes est l’un des arguments revenant le plus en faveur de l’UE. Christian Lequesne, ancien directeur du CERI, rappelle qu’ « il faut vivre les contrôles à la frontière entre le Canada et les États-Unis pour mesurer le formidable bond en avant que nous avons accompli en Europe avec la création d’un espace commun de circulation. »

L’UE a réussi son intégration économique et le rapprochement des normes de ses différents états-membres. Elle est la première puissance commerciale au monde, et son modèle est souvent cité en exemple. L’euro est devenu une monnaie forte, qui facilite les échanges entre pays de la zone euro. Ceux-ci profitent d’une stabilité monétaire sans précédent, les incertitudes liées aux taux de change ayant disparu. L’UE a réglementé la concurrence (les ententes et positions dominantes) ce qui a empêché la mainmise de grands groupes prédateurs. L’UE a lutté contre la corruption au sein des états-membres.
Voir l’article de Christian Lequesne sur le site de Sciences Po « Ce que l’Europe nous a apporté »
Voir l’article de l’IFRAP « Ce que nous a apporté et continue de nous apporter l’Europe »
Voir l’article de la Croix « La zone euro, digue contre les crises, cherche à se consolider »

Au niveau des politiques sociales, l’UE a mis en place des aides aux pays les plus pauvres et la PAC pour aider les agriculteurs. L’UE a fait beaucoup pour réduire les écarts de développement entre les territoires, entre les régions. Dans les années 1980, ce sont les pays du sud de l’Europe, Grèce, Espagne, Portugal, qui en ont bénéficié. Dans les années 2000, c’est au tour de l’Europe centrale et orientale, pour laquelle l’UE va jouer le rôle d’un accélérateur de développement.
1/3 du budget européen est dédié à la politique de cohésion, avec plusieurs fonds structurels européens (solidarité, cohésion, développement régional, etc.). La crise de 2008 a ralenti ces efforts, mais sans cette politique de cohésion, les dommages auraient potentiellement été plus importants.
Voir l’article de la Croix « Les politiques de cohésion luttent contre les disparités en Europe »
Voir l’article de la Croix « Zones frontalières, l’UE encourage ses membres à coopérer »
Voir l’article de la Croix « L’Union européenne finance de grands travaux »
Voir l’article de la Croix « Les fonds européens ont aidé Chypre à changer de visage »
Voir l’article de France Bleu « L’Union Européenne apporte chaque année plusieurs millions d’euros à la Ville de Poitiers »

Pour les États membres les plus petits, et notamment ceux qui sont le plus à l’est de l’Europe, l’intégration à l’Union européenne veut dire beaucoup en terme de souveraineté et de protection des frontières.

Les politiques européennes ont un effet de nivellement vers le haut. Le secouriste estonien Mehis Luus se dit « Européen à 100 % », et travaille avec des secouristes finlandais, français, allemands, suédois, dans le cadre d’un programme européen d’échange de bonnes pratiques. Le programme a notamment payé un chalet ainsi que deux hors-bord. « Sans l’Europe, nous n’aurions jamais eu les ressources pour créer des unités de secouristes volontaires », dit le secouriste. Il voit l’UE « comme un corps de protection civile chargé de la défense des citoyens. »
Voir l’article de la Croix « L’Estonie, pays des europhiles à l’ombre de la Russie »

En Suède, c’est justement le mécanisme de protection civile de l’UE qui a sauvé le pays des incendies à l’été 2018. Ceux-ci ont ravagé 25 000 hectares de forêts. La Suède n’a pas l’habitude de telles catastrophes, et ne possède pas de Canadair.

En juillet 2018, les flammes menacent le village suédois de Kårböle. Le mécanisme européen est activé le 16 juillet. 44 camions de pompiers arrivent alors de Pologne, 300 pompiers arrivent du Danemark, de Finlande, de France, de Norvège, d’Allemagne, de Pologne. Des Canadairs viennent d’Italie, de France et du Portugal et des hélicoptères de Lituanie, de Norvège et d’Allemagne.

D’après le pompier de Kårböle Gunnar Fredriksson : « Sans les forces étrangères, nous n’avions aucune chance de nous en sortir. Tout le monde était dépassé ». L’opinion publique suédoise n’était pas spécialement europhile, mais depuis cet épisode, le soutien à l’Union européenne a atteint 58,6 %, un record depuis l’entrée du pays dans l’Union.

Avec le réchauffement climatique, d’autres pays pourraient bien avoir besoin de ce mécanisme de protection dans les années à venir.
Voir l’article de la Croix « Sujette aux incendies, la Suède doit son salut à l’Europe »

L’Union européenne permet aux États membres d’être plus audibles dans leur diplomatie avec l’extérieur.  Elle est active dans le maintien de la paix, la sécurité à l’international, ainsi que l’aide humanitaire, le soutien à l’état de droit et à la reconstruction.
L’organisation en union permet de parler d’une voix plus forte sur des dossiers tels que la crise au Vénézuela, le nucléaire iranien, ou encore l’accord de paix en Irlande du nord au début des années 2000.
Voir l’article de la Croix « L’Union européenne se veut un acteur global »

L’UE est donc présente dans tous les aspects de notre vie, elle intervient sur 35 domaines différents.
Voir le guide de la Commission Européenne « L’Union européenne, sa fonction et ses activités »

Une liste non exhaustive de conséquences concrètes des décisions européennes dans nos vies : normes de sécurité des produits, normes environnementales, protection des consommateurs, obligation pour les magasins d’indiquer les prix à l’unité, kilo ou litre, identification des vendeurs en ligne, diffusion en clair des grands évènements sportifs, échanges Erasmus, diplômes comparables, temps de travail, engagements sur le climat, numéro unique d’urgence, le 112, permis de conduire valable dans toute l’UE …
Voir l’article de l’Avenir « Quel est l’impact de l’Europe sur votre vie quotidienne ? »

Et pour toutes ses raisons, il est difficile de revenir en arrière. Les discussions autour du Brexit en sont l’illustration, notamment dans le cas d’un « No deal » (sortie de l’UE sans accord).

Un No deal serait catastrophique pour le Royaume-Uni, et aurait aussi des impacts sur l’Union.
Il pourrait créer un chaos dans les transports, au Royaume-Uni et aussi à l’étranger. Et surtout, la vie coûterait notablement plus cher aux britanniques : frais téléphoniques et bancaires en hausse, achats en ligne plus chers, accès impossible à certains services de streaming comme Netflix ou Spotify en dehors de leur pays, transport d’animaux domestiques rendu plus difficile, impossibilité d’accéder aux banques de sperme européennes, formalités administratives plus complexes …

D’après une étude récente, un Brexit sans accord pourrait conduire à des pertes annuelles pouvant aller jusqu’à 57 milliards d’euros pour le Royaume-Uni et 40 milliards d’euros pour l’UE. Le Brexit, alors qu’il n’a même pas encore eu lieu, a déjà coûté au Royaume-Uni 3% de son PIB, soit 2 700 euros par foyer.
Voir l’article de LCI « Brexit : transports, téléphonie, banques… Quelles conséquences concrètes en cas de sortie sans accord ? »
Voir l’article du European Data Journalism Network « Un Brexit dur pourrait coûter près de 60 milliards d’euros aux citoyens britanniques »
Voir la tribune de Libération « Mme Le Pen a tort : le Brexit a affaibli, divisé, déboussolé l’Angleterre »

C’est certainement sur les questions sociales que le bât blesse, et on peut considérer que les politiques européennes sont encore loin d’être suffisantes. L’Union européenne s’est avant tout mise en place autour de politiques économiques libérales.

Ces politiques sont critiquées, surtout lorsqu’elles semblent favoriser des lobbys, plutôt que les intérêts des citoyens.
Les traités de libre-échange comme le TAFTA et le CETA sont pointés du doigt pour le pouvoir qu’ils donneraient aux multinationales, pour les risques qu’ils feraient courir aux services publics, et surtout pour celui que poserait des tribunaux d’arbitrage, qui permettraient aux multinationales de poursuivre en justice les états, pour des milliards d’euros. De tels tribunaux pourraient leur permettre d’attaquer les réglementations des états sur la santé, l’environnement ou le social.
Voir l’article du Monde « Qu’est-ce que le Tafta, dont la France demande l’arrêt des négociations ? »
Voir l’article de Basta Mag « Tafta : l’Europe va-t-elle reprendre les négociations avec Trump ? »

Les politiques d’austérité font également l’objet d’importantes critiques, et leur efficacité est remise en question. Après la crise de 2008 et des années d’austérité, la Grèce est exsangue. Elle a perdu 25% de son PIB, et 1 million de grecs sont tombés dans la précarité. En moyenne, la population grecque a perdu entre 30 % et 40 % de ses revenus, et l’hôpital public est au bord du gouffre.
Voir l’article du Monde « Après huit années d’austérité, la Grèce desserre l’étau social »
Voir l’article des Echos « Grèce : une cure d’austérité au coût économique et social élevé »
Voir l’article de TV5 Monde « Grèce : nouvel échec de l’austérité imposée »

L’Union européenne est loin d’être parfaite. L’Europe sociale, qui protège les plus démunis, est encore à construire. Mais il est faux de dire qu’elle n’a pas un impact positif sur ses 512 millions de citoyen.nes.
L’Union européenne est et sera ce qu’on en fait.

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