Médias, Société

« Les propriétaires de journaux décident des infos qui seront publiées. »

Non, quelques propriétaires de titres de presse ne contrôlent pas l’info en France. Heureusement.

Aujourd’hui, une grande partie de la presse française est aux mains de grands industriels milliardaires (Bernard Arnault, Patrick Drahi, Arnaud Lagardère, Martin Bouygues, Xavier Niel …). Si cette prise de participation dans le capital de journaux français veut dire qu’ils peuvent avoir, et qu’ils ont une influence sur le contenu, cela ne veut pas dire pour autant qu’ils décident de ce qui y sera écrit ou non. Heureusement, il y a des garde-fous. Ce sont des lois et des pratiques, qui visent à empêcher les actionnaires, notamment ceux qui sont majoritaires, d’avoir tous les pouvoirs.
Voir la vidéo Décod’Actu de France TV « Les médias sont-ils indépendants ? »

Pour Reporters Sans Frontières (RSF), « la presse est globalement libre et plutôt bien protégée par la loi » en France.

Cela dit, des menaces planent sur l’indépendance de la presse, comme le rappelle RSF. Le rachat des titres de presse par des industriels y est pour beaucoup. Les changements majeurs faits au groupe Canal + par Bolloré, et les licenciements et pressions faites sur les journalistes en sont la preuve. Mais les pressions des autorités publiques sur la presse sont aussi pointées du doigt. Si la censure est rare, les propriétaires de journaux ont un pouvoir sur le licenciement ou la nomination des journalistes, ils peuvent ainsi décourager les critiques. Le risque le plus pernicieux et le plus réel est donc celui de l’auto-censure des journalistes, lorsqu’ils.elles savent qu’ils.elles peuvent risquer leur emploi. Ainsi, il sera plus facile pour un.e journaliste de Libération d’enquêter sur Xavier Niel (actionnaire du Monde), et pour un.e journaliste du Monde d’enquêter sur Patrick Drahi (actionnaire de Libération).
Voir la situation de la France dans le rapport de RSF « Classement mondial de la liberté de la presse 2018 »
Voir l’article de Le Vent Se Lève « Comment Bolloré règne par la terreur sur ses journalistes »
Voir l’article du Point « Les journalistes inquiets pour l’indépendance de la presse sous l’ère Macron »
Voir le billet politique de France Culture « La presse sous pression »

Dans les rédactions, des chartes déontologiques sont signées, elles comprennent droits et devoirs. Les sociétés de journalistes (SDJ) veillent à ce qu’elles soient respectées.
Les sociétés de journalistes ou sociétés de rédacteurs existent depuis les années 50-60 en France. Elles visent à faire respecter l’indépendance journalistique, et à protéger les journalistes des pressions ou de l’ingérence des actionnaires. En 1967 est fondée la Fédération française des sociétés de journalistes. En 2005, du fait de changements d’actionnaires dans les journaux en France, de nombreuses SDJ sont créées. Pour accompagner ce renouveau, la Fédération française des sociétés de journalistes devient le Forum permanent des sociétés de journalistes, plus décentralisé.
Il y a donc de nombreux efforts qui sont mis en place, au sein des journaux et des rédactions, montrant que l’indépendance de la presse est un enjeu majeur pour les journalistes.
Voir l’article Wikipedia « Déontologie du journalisme »
Voir l’article Wikipedia « Société de journalistes »
Voir l’article Wikipedia « Fédération française des sociétés de journalistes »
Voir l’article Wikipedia « Forum permanent des sociétés de journalistes »

En France, la liberté de la presse est garantie par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Depuis, les lois ont évolué, pour pouvoir continuer à protéger cette liberté, autant que possible.
En octobre 2016 a été votée la loi « sur la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias », aussi appellée « loi anti-Bolloré ». En 2015, un documentaire critique sur le Crédit Mutuel était censuré par la direction de Canal +. A l’origine de cette décision : un coup de fil de Michel Lucas, grand ami de Vincent Bolloré, lui-même étant alors président de Canal +. C’est pour éviter ce genre de dérives que la loi sur l’indépendance des médias a été créée.
Un.e journaliste a désormais un « droit d’opposition », et pourra refuser tout acte contraire à sa « conviction professionnelle ». Chaque rédaction doit mettre en place et faire signer une charte éthique. Ces chartes, déjà couramment répandues, deviennent donc obligatoires.
Voir l’article de LCP « Que faut-il retenir de la loi sur l’indépendance des médias ? »
Voir l’article du Point « La nouvelle loi sur les médias suffira-t-elle à redorer leur image ? »
Voir l’article de Télérama « Crédit mutuel : les dessous d’une enquête censurée »

Pour aller plus loin encore, le syndicat national des journalistes (SNJ), mais également Jean-Luc Mélenchon, président de La France Insoumise, ont appelé de leurs vœux la création d’un conseil de déontologie de la presse. La ministre de la Culture, François Nyssen, a annoncé en septembre 2018 le lancement d’une mission pour la création d’un tel conseil, qui serait une instance nationale contrôlant l’éthique des journalistes.
Lire l’article de Checknews « Qui contrôle l’éthique des journalistes ? »

Les lois ne suffisent pas. Une réponse à l’influence grandissante des actionnaires vient des journalistes eux-mêmes, et de leurs actions communes.
Les journalistes d’un organe de presse forment un corps indépendant, qui n’hésite pas à revendiquer cette indépendance. Cela a été prouvé à de nombreuses reprises, par exemple lors de l’épisode de la grève à i-Télé, devenue CNEWS, lors du rachat par Vincent Bolloré. Les journalistes se sont mis en grève, critiquant l’interventionnisme de Bolloré.
Un autre épisode important est celui du rachat des Échos par Bernard Arnault. Les journalistes des Échos ont fait plusieurs journées de grève, et ont lancé une pétition relayée par Le Monde, Libération, et La Croix. Les journalistes des Échos ont obtenu un droit de veto sur la nomination du directeur de la rédaction.
En février 2015, le collectif « Informer n’est pas un délit » est créé en réponse à la loi sur le secret des affaires, potentielle menace à la liberté d’enquêter des journalistes. La mobilisation est massive parmi les journalistes.

Lorsqu’on les interroge, les journalistes eux-mêmes le disent : dans l’ensemble, ils.elles peuvent faire leur travail. Personne ne leur dicte ce qu’ils.elles doivent écrire, comme le rappelle Daniel Schneidermann, le fondateur de l’émission d’analyse critique des médias « Arrêt sur images ». Et il est impératif pour eux.elles de pouvoir garder leur indépendance.

Lorsqu’on accuse et attaque les journalistes, et que l’on parle d’une soit-disant complicité avec leurs patrons, on fait fausse route. Plus que jamais, plutôt que d’un rejet, c’est de l’appui des citoyen.nes dont les journalistes ont besoin pour qu’ils.elles puissent faire leur travail de façon indépendante.
Voir l’article Wikipedia « Indépendance des rédactions »
Voir l’article de l’INA « Journalistes et juristes unis contre la nouvelle censure des affaires »
Voir l’article du Nouvel Obs « Europe 1, l’indépendance des journalistes et les « rumeurs » sur Bolloré »

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