Médias, Société

« Les journalistes sont une caste déconnectée de la réalité. »

Faut-il rappeler que les journalistes ne sont pas leur profession : ce sont des personnes avant tout. Des êtres humains quoi, qui ont donc aussi des émotions et une sensibilité. Et qui sont d’origines, d’opinions, de milieux différents.

Réduire des personnes à une profession, un statut, ou une classe c’est déjà un processus de déshumanisation. Dire que les « flics », « fonctionnaires », « profs », « migrants », « pauvres », « riches », sont comme ceci ou comme cela, c’est mettre tout le monde dans le même panier.
L’agression et la haine devient acceptable puisqu’elle ne s’adresse plus à des individus, mais à une classe. L’idée c’est : « on ne tape pas sur des personnes, on tape sur les médias, ce n’est pas grave donc, et c’est légitime. »

La déshumanisation des journalistes vient ici d’un phénomène de catégorisation sociale. On classifie des individus et des groupes au sein de catégories, qui ne sont pas ici raciales ou ethniques, mais sociales. On découpe, on trie l’humanité. On peut mettre en altérité tout un groupe d’individus, et leur prêter à tous et toutes des caractéristiques communes (« tous les journalistes sont corrompus »).
Voir l’article de Wikipedia sur la déshumanisation

Sur les 36 000 journalistes disposant d’une carte de presse en France, 22% sont des pigistes. Les pigistes sont de plus en plus nombreux et nombreuses : 66% des nouvelles cartes sont délivrées à des CDD ou à des pigistes. Un grand nombre de pigistes gagnent seulement quelques centaines d’euros mensuels. Et les journalistes en général, pigistes compris.es, travaillent bien plus de 35h, ils.elles ne comptent pas leurs heures supplémentaires (non rémunérées bien sûr).

Les pigistes sont souvent « des forçats de l’information », dans des situations précaires, qui enchaînent les petits contrats. Ils.elles doivent avoir d’autres activités à côté pour pouvoir vivre. Depuis l’arrivée du tout gratuit sur internet, ils.elles sont souvent à la merci du bon vouloir des rédactions, dans un environnement hautement compétitif. Ils.elles doivent souvent avancer leurs frais de reportage, et sont parfois payé.es plus d’un an après parution d’un article.

La profession de journaliste est de plus en plus précaire, de plus en plus féminisée, et le nombre de journalistes est en baisse. Non, les journalistes ne sont pas du tout étrangers aux difficultés de la vie quotidienne.
Voir la tribune « Nous ne voulons plus être les forçats de l’info » de plusieurs collectifs de pigistes sur le site de l’Acrimed
Voir l’article de The Conversation « Les journalistes en France en 2018 : moins nombreux, plus de femmes et plus précaires »
Voir l’interview du sociologue des médias Michel Moatti sur le site de la Marseillaise « Être pigiste, c’est avoir un contrat du pauvre, par défaut »

Il faut aussi rappeler que les médias sont très hétérogènes. Les rédactions et les organes de presse sont très différents, de BFMTV et CNEWS aux radios locales, en passant par la presse écrite ou les blogs. Ça n’a pas tellement de sens de parler de « les médias ».

La haine des journalistes est en augmentation alarmante. « Merdias », « journalopes », « presse aux ordres », les journalistes sont traité.es de tous les noms. La critique des médias et de celles et ceux qui les font est certes légitime, elle doit continuer. Il y a certainement beaucoup de choses qui peuvent être améliorées dans le traitement de l’information, où trop souvent, il y a une « chasse au buzz ».

Mais si la critique est normale, la haine ne l’est pas. Il n’existe pas de haine juste et saine. Il ne faut pas oublier qu’énormément de médias et journalistes font un travail considérable, exigeant, difficile, et surtout nécessaire à la démocratie. Les médias sont, restent un contre-pouvoir. Les journalistes doivent être soutenu.es, protégé.es.

D’après Reporters Sans Frontières, les journalistes sont en danger dans le monde, la haine à leur égard a augmenté en 2018. La France est également fortement touchée. Et pour la première fois, des élu.es poussent à cette haine.
Voir l’article de Reporters Sans Frontières « Classement mondial de la liberté de la presse 2018 : la haine du journalisme menace les démocraties »
Voir les témoignages de journalistes sur le fil Twitter #payetoiunjournaliste
Voir l’article du Temps « En France, la haine anti-journalistes flambe »
Voir l’article de Libération « Haine des médias : «Les politiques libèrent la parole des esprits agressifs et violents» »

De nombreuses vidéos attestent de violences verbales et physiques sur des journalistes, de plus en plus récurrentes.
Voir le témoignage vidéo sur France Info d’une journaliste pigiste « Jamais je n’avais ressenti une telle haine »
Voir la vidéo de France 3 « Gilets jaunes : à Toulouse, des journalistes portent plainte pour violences »
Voir la vidéo de Mokeur sur Youtube montrant des journalistes agressés à la télévision

 

 

 

 

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