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« La technologie va nous sauver. »

Non, d’après les scientifiques, les innovations technologiques ne suffiront pas à régler la crise écologique en cours. Elles peuvent jouer un rôle dans la grande transition écologique à mener, mais on ne pourra pas continuer sur notre lancée, on ne pourra pas éviter les efforts de changement dans le mode de fonctionnement de nos sociétés.
La technologie ne sera pas une baguette magique ou un « Deus ex machina » qui nous sauvera au dernier moment.

Pour Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de « L’âge des low tech », interviewé par France Info : « Se réfugier dans le techno-solutionnisme est une manière paresseuse de se rassurer en disant : « Les ingénieurs vont résoudre le problème. » ».
Voir l’article de France Info « Réchauffement climatique : la technologie suffira-t-elle à régler le problème ? »

La foi en une technologie qui serait la solution à tous nos problèmes a un nom : le cornucopianisme. Le terme tire son origine de la corne d’abondance : la pensée cornucopianiste, c’est la foi en des ressources infinies que l’humain pourrait générer en permanence, sans jamais avoir à se limiter.

Les autres termes fréquemment utilisés sont ceux de « techno-optimisme » ou « techno-solutionnisme ».

Ce n’est pas une croyance rationnelle, elle n’est pas basée sur des faits scientifiques.
Voir l’article de Wikipedia sur le cornucopianisme

Depuis la révolution industrielle, les innovations technologiques se sont succédé à une vitesse effrénée. Le niveau de confort dans nos vies a été multiplié.
Ces dernières décennies ont également connu de nombreuses innovations, avec par exemple l’arrivée des smartphones, l’augmentation de la puissance de calcul des ordinateurs, le développement de l’intelligence artificielle et sa diffusion dans tous les secteurs économiques. Dans le secteur de l’énergie, les voitures électriques connaissent un essor sans précédent, le coût des énergies renouvelables est allé en diminuant et leur puissance installée a augmenté très rapidement à l’échelle du globe.

Pourtant, malgré le haut niveau d’innovation et d’adoption des technologies, rien n’est venu infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre, l’extinction du vivant, ni l’épuisement des ressources. Il y a bien eu une courte baisse des émissions en 2020, mais cela correspond aux restrictions liées à la pandémie du Covid-19 (confinements, déplacements limités).
Voir le graphique du Global Carbon Project

Pourquoi, malgré les spectaculaires innovations technologiques, la courbe des émissions ne baisse-t-elle pas ? C’est notamment à cause de l’effet rebond : les gains en efficacité sont utilisés pour faire plus, plutôt que pour économiser des ressources ou émettre moins. Si l’industrie automobile ou l’aéronautique met au point des moteurs plus performants et plus efficaces, on en profite pour voyager plus loin, avec des véhicules plus gros et plus confortables.
Et la consommation en énergie et les émissions ne font qu’augmenter au lieu de diminuer. Outre cela, les besoins en ressources vont croissant pour supporter le « tout-technologique ».
Voir l’article de Ouest-France « Climat. Malgré le boom des énergies vertes, l’effet de serre ne se résorbe pas, voici pourquoi »
Voir l’article de Libération « En cinquante ans, l’extraction de ressources a plus que triplé dans le monde »

Quant à l’arrivée de technologies au premier abord révolutionnaires, elles ne résistent pas à un examen approfondi.
Jean-Marc Jancovici, ingénieur polytechnicien et conférencier, rappelle à propos de la capture de CO2 dans l’atmosphère : « si nous voulions reprendre dans l’air la totalité de nos émissions de CO2, il faudrait y consacrer toute la production d’électricité mondiale et que celle-ci soit décarbonée ». Autrement dit mission impossible.

Quant à l’avion à hydrogène, au rythme actuel de son développement, « en 2035, nous n’aurons qu’un avion à hydrogène » déclare le polytechnicien. Il ne permettra pas de remplacer la flotte internationale des 25 000 avions commerciaux, ni de diminuer les émissions du secteur aérien. Cette diminution doit impérativement avoir lieu maintenant, enfin, hier : « nous devrions avoir déjà réduit de 55% » les émissions du secteur aérien, ajoute Jean-Marc Jancovici.

Cela aurait été effectivement plaisant de pouvoir se reposer sur les seules innovations technologiques, mais non, l’humanité ne pourra pas faire l’économie d’une grande remise en question de son modèle économique, social et de production.
Voir l’article de Vie-publique.fr « L’innovation technologique à l’épreuve de l’anthropocène »
Voir le quiz de Now U Project « La technologie va-t-elle nous sauver ? »

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