Immigration, ONG

« Les ONG font du trafic d’êtres humains. »

L’expression « trafic d’êtres humains » est une formule rhétorique qui n’a pas beaucoup de sens, et qui est malhonnête. Elle est utilisée pour discréditer l’action des sauveteurs en mer. Cela vise à jeter l’opprobre sur eux, à les faire passer pour des criminels. Car les actions des bateaux des ONG en Méditerranée n’ont rien d’un trafic. Ce sont des opérations de sauvetage de personnes. Ces opérations sont légales, faites en accord avec les autorités maritimes. Et après avoir sauvé des migrants de la noyade, il faut les ramener dans un port sûr, qui doit aussi ne pas être fermé. Et ce, en accord avec le droit de la mer, le droit sur les opérations de sauvetage et le droit des réfugiés.
Voir l’interview par France Info de Patrick Chaumette, professeur de droit à l’université de Nantes et ancien directeur du centre de droit maritime et océanique

Un petit rappel des définitions, d’après le Larousse : « trafic : commerce illicite, honteux et clandestin : trafic d’armes. » Le sauvetage des migrants n’est ni illicite, ni honteux (pas de honte à sauver des vies et à les ramener en port sûr), ni clandestin. Définition de sauvetage : « action de soustraire quelqu’un, quelque chose à ce qui le menace, action de tirer quelqu’un, quelque chose d’une situation critique, secours porté à un navire ou à un engin flottant par un autre navire. (Nom légal : assistance maritime.) ».
Voir la définition « trafic » du Larousse
Voir la définition « sauvetage » du Larousse

Les passeurs et trafiquants d’êtres humains font, eux, partie d’organisations criminelles. Ils agissent dans l’ombre. Ils font passer les frontières aux migrants de manière illégale et secrète, ils leurs fournissent de faux papiers. Une fois en Europe, ils les hébergent dans des conditions indignes, les privent de leurs libertés. Ils leur font faire du travail forcé, les prostituent : c’est de l’esclavage moderne.
Voir l’article d’Interpol « Type de traite d’êtres humains »
Voir l’article de La Croix : « ‘Passeurs’, les nouveaux esclavagistes »

A contrario, dans les faits, ce que font les ONG c’est : sauver les migrants de la noyade, les traiter avec humanité, les écouter, les débarquer dans un port sûr où sera étudiée leur demande d’asile par les autorités officielles. Et, si cette dernière est acceptée, les autorités pourront les accepter en Europe et des associations de la société civile pourront les aider dans leurs démarches. L’action des ONG a donc tout du sauvetage, et rien du trafic.
Voir l’article du Parisien « Ce qui attend les 60 migrants de l’Aquarius accueillis en France »

L’alternative au « trafic d’être humain » que proposent ceux qui sont contre l’action des ONG est de ne pas secourir les migrants, ce qui va occasionner des noyades en mer. Ou de les secourir mais de les ramener en Libye, en violant le droit des réfugiés. Cela mettrait les migrants à la merci de tortures, de viols, voire, cette fois-ci, de la traite d’être humains.
Voir l’article du site Infomigrants, sur les mauvais traitements et les enlèvements de nuit
Voir la vidéo de France Info, avec le témoignage d’une femme migrante ayant été violée
Voir la vidéo de BFMTV, sur un marché aux esclaves en Libye
Voir l’article du Figaro sur l’évacuation de migrants menacés par les combats

 

 

 

 

 

 

2 thoughts on “« Les ONG font du trafic d’êtres humains. »

  1. Bonjour,

    En parlant de ‘préjugés’, je cite l’avant-dernier paragraphe de l’article :
    « les débarquer dans un port sûr où sera étudiée leur demande d’asile par les autorités officielles. Et, si cette dernière est acceptée, les autorités pourront les accepter en Europe »

    Ne faites-vous pas le préjugé que les seuls ports sûrs sont en Europe ?
    A ma connaissance il y a de nombreux ports sûrs partout dans le monde, tant en Amérique qu’en Afrique, Asie, ou Océanie (ou encore Europe, bien entendu ;] )

    1. Bonjour Pierre-E.,

      Merci de votre commentaire. Je ne crois pas avoir écrit qu’il n’y avait des ports sûrs qu’en Europe. Mais pour des contraintes évidentes de logistique, les ports sûrs accessibles sont en nombre limité.
      Ce n’est pas possible d’aller très loin, avec un bateau surchargé, avec des conditions d’hygiène difficiles, peu de place pour dormir, la chaleur, les intempéries, les vivres limitées, la faim, la soif, les problèmes de santé, les conflits qui peuvent avoir lieu à bord.

      Quant à la question : pourquoi les bateaux ne vont-ils pas dans les ports d’Afrique du Nord ? La réponse est donnée par un article de CheckNews.
      La vie des migrants (réfugiés en fait) est en danger s’ils retournent en Libye. Et les autres ports ne les acceptent pas la plupart du temps, surtout si leur nombre est élevé. En Algérie, les réfugiés sont refoulés à la frontière, dans le Sahara, ce qui est une violation de leurs droits.

      En outre, s’ils sont sauvés dans la zone SAR (search and rescue) de l’Italie, il incombe, selon le droit international, à l’Italie de donner des consignes sur le port où accoster.

      https://www.liberation.fr/checknews/2018/06/13/pourquoi-l-aquarius-n-a-pas-reconduit-les-migrants-en-afrique_1658549

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